Test : The Order 1886
Par où commencer ? Telle est la question que je me suis posé avant d’attaquer l’écriture de ce papier. The Order 1886, présenté pour la première fois lors de l’E3 2013, a la lourde tâche de faire entrer la next-gen dans une nouvelle ère. Après de longs mois de ronronnement, cette génération de consoles commencent, petit à petit, à dévoiler son réel potentiel. Et de toutes les exclusivités PlayStation 4, le jeu de Ready at Dawn est, avec Uncharted 4, le porte-étendard technique de la console. On s’attendait à se prendre une claque et on s’en est vraiment pris une. Pourtant, avec 65% de moyenne sur Metacritic, la baffe s’est transformée en aller-retour violent. Depuis sa sortie officielle, The Order 1886 se prend une véritable volée de bois. Des joueurs adorent, d’autres détestent, les journalistes sont parfois conciliants, parfois beaucoup moins tendres. Et forcément, cette variation des opinions tend à créer de la confusion mais aussi de la curiosité. Maintenant, entre « étron » et « expérience courte et fun », il y a quand même un fossé. Il est temps de descendre en rappel…
The Order 1886, c’est l’histoire de moustachus. Des vrais, des durs, des chevaliers s’inscrivant dans une relecture de la » table ronde » dans un Londres victorien, le tout saupoudré d’anachronisme. En soi, le pitch est fort intéressant. L’utilisation de la légende arthurienne, avec ses références et ses codes, a été traitée en s’inspirant des livres de Charles Dickens. Et ce mélange, entre Londres du XIXème siècle et imagerie du fantastique, fonctionne à merveille. Sans pourtant se revendiquer de l’œuvre steampunk (c’est le Directeur créatif Ru Weerasuriya qui le dit), The Order 1886 dépeint un univers qui force le respect. Dans son écriture, ses personnages, ses lieux célèbres (la Tamise, les docks, Whitechapel…), le jeu de Ready at Dawn se montre ambitieux et surtout très captivant. On se prend d’affection pour Galahad, le preux chevalier que l’on incarne, mais aussi ses compagnons : Perceval, Dame Igraine ou encore le Marquis de Lafayette. Comme le nom l’indique, l’action ou plutôt la révolution à laquelle on participe nous plonge en 1886. Membre de l’Ordre, vous veillez à maintenir l’équilibre entre les hommes et d’étranges créatures, type loups-garous, qui sèment la terreur en ville (et elles ne sont pas les seules comme vous le verrez). Et comme on peut s’y attendre (l’intrigue est intéressante, bien menée mais on tire les ficelles de l’histoire assez rapidement), il y aura le lot de conspiration, de traîtrise… et de thèmes matures (le jeu est PEGI 18) tels qu’un troquet-bordel qui a son importance. Sexe, hémoglobine, cadavres… The Order 1886 se suit comme un film aux teintes sombres.

Le syndrome Crash
Lorsque j’ai découvert The Order 1886, j’ai repensé aux errances d’un jeu comme Ryse. Sur Xbox One, la production de Crytek, belle à s’en damner, m’avait fait penser à un certain… Crash Bandicoot. L’explication est simple : au milieu des années 90, Naughty Dog a choisi d’exploiter une progression en couloirs afin d’exprimer tout le potentiel de la PlayStation. Cette technique de « parcours sur rails » (soit en avant, soit en revenant vers l’écran) a permis aux développeurs d’afficher des décors absolument superbes, colorés et d’atteindre ce qui se faisait de mieux en matière de 3D à l’époque. Bon, cela n’empêchait des ordinateurs dernier cri de mouliner pendant huit heures pour finaliser un seul niveau (c’est Jason Rubin qui m’a raconté l’anecdote) mais l’avancée visuelle était indéniable et diablement savoureuse. Pour Ryse, même si j’ai apprécié le trip romain, j’ai souvent comparé les mécaniques du jeu à ceux des titres de l’ère 32 bits. Et autant l’avouer, j’ai eu exactement le même ressenti pour les premiers moments passés sur The Order 1886. Je me vois encore pester devant mon écran. The Order 1886 oblige le joueur à suivre ce que le programme lui dicte… et rien de plus ! Des lieux cloisonnés (portes fermées, barrières, grilles, etc.), des QTE, des gunfights efficaces mais vu et revus, une petite dose de réflexes (pour déverrouiller des serrures, désactiver la protection de portes…) et une ribambelle de cinématiques utilisant le moteur du jeu, voilà ce qu’est réellement The Order.

Joueur, essaye encore !
Si The Order n’invente rien, il a au moins le mérite d’être parfaitement jouable. L’équipe de Ready at Dawn a voulu que le joueur ressente la lourdeur du personnage, dans ses déplacements et ses actions, et c’est réussi. Lorsqu’on quitte une couverture, le personnage ne se relève pas droit comme un « i » immédiatement, il y a une recherche constante de réalisme mais on aura bien le temps d’en parler plus loin. Avec un tel titre, sans réelle surprise de gameplay, on retrouve très vite ses marques. Avec la caméra à la troisième personne, mouvoir Galahad n’a rien de sorcier. On grimpe, on court par intermittence (oui, des fois, le jeu oblige à prendre le temps), on se planque pour éviter de se faire trouer, etc. The Order 1886 est un TPS (Third Person Shooter), entrecoupé de scènes cinématiques, monté comme un film. Alors oui, les phases d’action laissent parfois la place à des séquences d’infiltration. Celles-ci sont d’ailleurs plutôt agréables, mais la moindre erreur se paye cash. En clair, si vous foirez votre QTE, c’est retour obligatoire au dernier point de contrôle. Ce qui peut être frustrant et trop « téléphoné ». Durant les phases de tir, il faut aussi reconnaître que l’intelligence artificielle est loin d’être un modèle du genre. Cette manie de faire dépasser un petit bout de tête au-dessus des planques, il faudra que ça cesse ! Les ennemis ont beau réagir promptement, ils font parfois preuve d’une naïveté digne d’un marcassin. Au moins, on se console avec un arsenal original et surtout ultra efficace. La lourdeur et le recul des armes font en tout cas plaisir : les sensations sont excellentes !

Des qualités qui ne plairont pas à tout le monde
Le gros problème, c’est que The Order enlève toute notion de liberté. Limite, on en deviendrait claustro, surtout après s’être farci bon nombre d’expériences en monde ouvert. Au départ, il est vrai, le tout est un peu poussif. Et puis, petit à petit, le jeu s’ouvre, se met à surprendre par des scènes « à haute tension » et on se dit que les environnements vont en faire de même. Mais c’est peine perdue : lorsque l’on croit à une liberté retrouvée, le code nous replante dans ces satanés couloirs, avec leur farce de QTE « téléguidés ». Au final, The Order 1886, c’est entre 6 et 8 heures de jeu selon votre niveau et la difficulté choisie, avec un grand nombre de cinématiques. Celles-ci sont très réussies, et viennent s’inscrire dans une logique implacable : la réalisation tue tellement la gueule (et le mot est faible) que les transitions gameplay/cinématiques se font sans aucune perte, absolument aucune. Très classique dans son déroulement, The Order 1886 démontre que Ready at Dawn a passé un temps dingue sur la direction artistique. Celle-ci est tout simplement ahurissante. Le niveau de recherche et de réflexion sur les personnages, les costumes, le mobilier, les armes, les objets, l’architecture est incroyable. Jouer à The Order, c’est s’assurer de plonger dans l’un des plus beaux jeux du monde. Les détails, les textures, la modélisation, les éclairages, les effets, tout est photo-réaliste, c’est juste l’hallu complète ! Un effort véritable a également été porté sur les animations, criantes de réalisme. On retrouve d’ailleurs ce souci du détail dans les cadrages et les différents plans. Pour ma part, les bandes noires et les « imperfections voulues » de l’image sont passées comme lettre à la Poste, tant on s’imprègne avec facilité de l’ambiance générale. Ne restait plus, dans ces conditions, à espérer une VF de qualité et on peut malheureusement dire qu’elle est mi-figue mi-raisin, parfois dans le ton, parfois sur-jouée. En revanche, il suffit de mettre la console en langue anglaise pour profiter d’une VO fantastique. Mais attention, la VF reste tout de même très soignée et au-dessus de la moyenne.

L’Ordre de le laisser passer ?
The Order 1886, tout comme Ryse, n’a rien d’un mauvais jeu. Il s’inscrit juste dans une logique qui n’est plus celle à laquelle nous sommes habitués. Aujourd’hui, tout est aux mondes ouverts, aux jeux bac-à-sable, à des expériences grandeur nature. Et généralement, les jeux qui s’extirpent de cette mouvances sont montrés du doigt. Il suffit de penser aux titres de Quantic Dream pour s’en convaincre. En prendre plein la gueule pour pas un rond, c’est un peu devenu le lot commun des jeux « différents ». Exiger du changement et s’en plaindre, n’est-ce pas là de l’hypocrisie mal assumée ? (pour un peu, on pourrait même sniper la mentalité française, mais au final, c’est un peu la mentalité du monde du jeu vidéo qui est ainsi) Oui, The Order 1886 est ultra classique dans sa progression et les débuts sont presque chiants, mais pour trouver un jeu d’une telle profondeur artistique, il va falloir fouiller. Contemplative, narrative, ludique… chaque expérience est différente et si on se met à beugler au moindre essai (car il ne faut pas oublier que The Order 1886 est la première véritable création de Ready at Dawn et qu’elle a commencé avec … 40 personnes), alors toutes les boites n’ont qu’à se mettre aux FPS et au foot. A un moment, il faut juste savoir ce que l’on souhaite. Et savoir ce que vous, vous voulez ? Avant de craquer pour The Order, il faut jauger les éléments qui matérialisent, pour vous, un « bon » jeu. Après tout, des jeux horriblement moches mais qui innovent constamment dans le gameplay, ça existe. Pourquoi cela ne pourrait-il aller que dans un sens ?
La lecture charge le lecteur YouTube.Conclusion du rédacteur : BON
Je vous l’avoue, j’ai eu peur. Après une intro qui claque, je me suis retrouvé dans un jeu en couloirs et ayant du mal à actionner la seconde. Et puis, petit à petit, l’immersion visuelle et sonore a fait le reste. On prend plaisir à suivre les choix de Galahad et de ses compagnons, on aime faire la connaissance de nouveaux personnages, et tant pis si ça doit passer par un gameplay classique. Oui, c’est vrai qu’il faut se coltiner les bons vieux stéréotypes du jeu vidéo, dont les fameux bidons rouges et les incessantes zones que l’on devine mais qu’il est pourtant impossible de visiter. En fait, The Order 1886, c’est un peu le syndrome des films des frangins (enfin, anciens frangins car l’un est devenu une frangine) Wachowski. Nombreux sont ceux à leur reprocher de ne pas assumer leurs ambitions visuelles. Au moins, depuis le départ, The Order 1886 a pris une direction, quitte à diviser, et ne l’a jamais lâché. Et c’est évident que le jeu ne plaira pas à tout le monde, car les graphismes ne font pas tout. De là à dire qu’il s’agit d’un mauvais jeu, c’est un chemin que je ne prendrai pas. C’est une formidable expérience, une incroyable claque visuelle mais en terme de « jeu pur », c’est juste bon. Ni plus, ni moins. Par contre, lorsqu’on prend l’ensemble, il y a tout de même de quoi passer des heures très, mais alors très savoureuses.
Les points forts :
- Techniquement renversant
- D’une beauté à se liquéfier
- Personnages forts, intrigue intéressante
- B.O profonde et VO au top
- Une direction artistique incroyable
- De vraies séquences de « montée en température »
Les points faibles :
- Des couloirs, satanés couloirs !
- Scénario dont on tire les ficelles rapidement
- Gameplay efficace mais très classique
- QTE parfois frustrants
- Aucun multi, aucune véritable replay-value

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