Interview du directeur artistique de Hohokum : La vie est-elle belle ?
Hohokum, que j’ai résumé par « ce petit vers qui met son œil dans tous les trous » est un titre vraiment séduisant. Avec sa direction artistique originale et raffinée, le dernier titre de HoneySlug est tout aussi simple à jouer que mystérieusement complexe.
Et nous devons en partie cette réussite à Richard Hogg, artiste et designer de profession et surtout directeur artistique sur Hohokum. Suite à un mail où je disais trouver la vie, son jeu et lui aussi jolis, il a accepté de répondre à mes nombreuses questions. Une lecture que je vous recommande si le bonheur, la création d’un jeu et l’art sont des sujets qui vous intéressent.
Aurélie de Joypad : Vos dessins sont un monde merveilleux rempli de couleurs. Quelles sont les images et les musiques qui vous inspirent ?
Richard Hogg : Hm, toute sorte d’inspirations. C’est mon travail de regarder et de connaître de nombreuses choses. C’est vraiment dur de choisir juste un ou deux éléments. Vous mentionnez la couleur. C’est intéressant car, intuitivement, je ne suis pas très bon avec la couleur. Quand j’étais un étudiant tout mon travail était en noir et blanc. J’ai appris à utiliser la couleur, surtout par l’observation. Découvrir des combinaisons de couleurs que j’ai aimé (un pull de fille, le côté d’un fourgon, un drapeau…) les annoter et ensuite les essayer dans mon travail.
A.K : Comment vous est venu le désir de travailler dans le graphisme et l’illustration. Comment et pourquoi ce saut dans le monde du jeu vidéo ?
R.H : Premièrement, il n’y avait aucun désir de travailler dans le graphisme ou l’illustration. C’était juste inévitable, j’étais assez bon pour cela. Quant aux jeux vidéo, c’est juste venu en parlant à mon ami Ricky, il y a des années. Nous avions décidé qu’il serait amusant d’essayer de faire un jeu ensemble. En tout cas, j’aime les jeux vidéo, en tant que joueur, depuis de nombreuses années.
A.K : Quelle est l’idée initiale pour le développement de Hohokum ?
R.H : Comme je disais, Ricky et moi avions décidé qu’il serait amusant de faire un jeu ensemble et cette idée s’est métamorphosée en Hohokum. Il n’y a pas d’autre intention ou idée originale que celle-ci. Hohokum a grandi naturellement de nos expériences et d’une collaboration épanouissante.
A.K : Pouvez-vous décrire Hohokum en trois mots et donner leur définition ?
R.H : Séduisant (charmant, plaisant, enchanteur)
Sans but (sans justification, sans objectif, sans cible)
Réel (Vrai)
A.K : Quel est le travail du directeur artistique ? Avec combien de personnes avez-vous travaillé ? Et dans quelle branche artistique ?
R.H : Je suis le type qui dessine toutes les images. Je fais aussi un peu d’animation mais la plupart sont faites par des animateurs. Six animateurs ont travaillé sur le jeu, mais pas tous en même temps. Je leur dis quoi animer mais mon style doit les garder libres et les laisser m’étonner. Je n’aime pas tellement être un patron.
A.K : Comment s’organise la création avec des métiers aussi différents que la programmation, le game-design, le sound-design,etc ?
R.H : C’est super si vous travaillez avec les bonnes personnes. Ma règle d’or avec le travail est de toujours essayer de marcher avec les meilleurs.
A.K : Est-ce que la musique (de Ghostly) guide votre dessin et le graphisme final ou l’inverse ?
R.H : J’écoute toute sorte de musiques quand je travaille, certaines par des artistes de Ghostly, mais pas tout. Pour être honnête, je ne pense pas que la musique guide mon travail tant que ça. C’est plus dans l’autre sens. Bien que de temps en temps, une musique me donne envie de créer une œuvre agréable. Ceci est peut être arrivé deux ou trois fois sur Hohokum. Comme pour le monde s’allumant lampe par lampe, qui me vient à l’esprit.
A.K : Selon vous, est-ce que le jeu vidéo est une forme artistique, ou un produit qui a toujours un long chemin à parcourir ? Pourquoi ?
R.H : C’est une forme artistique.
A.K : Dans un monde utopique, comment imaginez-vous le jeu vidéo dans 10 ans ? Et la même question en étant réaliste ?
R.H : Je suis enthousiaste de voir les développeurs de jeu que j’aime s’épanouir dans leur carrière, et de quelle façon ils y parviennent. Des personnes comme Brendon Chung, Cardboard Computer, Chinese Room, Cappy. Ils font vraiment un travail qui m’intéresse et ils ne font que commencer. Imaginez dans dix ou vingt ans que nous soyons capables de regarder derrière le travail de Brendon Chung, comme nous pourrions le faire avec les frères Cohen. Un jeu comme Thirty Flights of Loving pourrait ressembler à Blood Simple, c’est une promesse qui est proche.
A.K : Quel est votre travail actuel (jeux vidéo ou autre) ?
R.H : À l’heure actuelle, j’aide à faire un film pour une œuvre de charité britannique qui promeut l’éducation en ligne.
A.K : Pensez-vous que la vie est belle et que des jeux comme Hohokum peuvent la rendre encore plus belle ? Ou au contraire, est-ce un moyen d’oublier qu’elle est moche ?
R.H : J’aime penser que la vie est belle ! Elle a des hauts et des bas, hein. Cependant, j’ai eu des messages de personnes pour qui la dernière solution était la bonne. Des gens qui sont reconnaissants car Hohokum leur a permis de s’échapper des temps merdiques qu’ils vivaient. Je ne m’attendais pas à cela et ça m’a vraiment touché.
A.K : Pouvez-vous dire que le travail de créateur vous rend heureux ou risque-t’il de vous enfermer dans la bulle de votre monde ?
R.H : Je ne risque aucunement d’être enfermé dans la bulle de mon propre monde !! J’aime ce que je fais, mais c’est juste le travail. J’ai des tonnes d’intérêt et des amis qui n’ont rien à voir avec les jeux ou même avec l’art.
A.K : Finalement, un conseil pour ceux qui voudraient commencer la création de jeux vidéo ?
R.H : Commencer par faire des jeux vidéo ! Il n’y a littéralement aucune barrière. Je rencontre des étudiants et de nombreuses personnes aux festivals qui me disent: « J’essaie d’entrer dans le jeu vidéo » et je leur dis: « Eh bien, vous êtes dedans ! » Tout le monde peut faire un jeu et devrait.
R.H : Merci pour vos adorables questions!
A.K : De rien :).
Hohokum est une exclusivité Sony disponible en téléchargement sur le PSN (PS Vita, PS3 et PS4) pour 14.99€.
Et pour retrouver l’Artbook d’Hohokum (et me l’offrir.. Euh pardon vous), c’est ici
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